Partager l'article ! ON Y VA...: Pierre-Henri monte dans son auto. Il enfile le brassard relié au tableau de bord. Fébrilement, il lit le résultat ...
Un espace pavé de cailloux,
que je suis allé chercher sur place
pour la plupart, mon goût pour
le terrain prévalant sur mon goût
pour la collection...
Pour visualiser la collection, je vous conseille d'utiliser le diaporama...
Quand je ne cours pas la lande ou la galerie à la recherche des cristaux, je sors mes pinceaux, en adepte de la peinture à l'huile. J'expose de temps en temps, et je peins pour les amis.
Pierre-Henri monte dans son auto. Il enfile le brassard relié au tableau de bord. Fébrilement, il lit le résultat du test. Il est anxieux, car l'avant-veille, il a bu un demi verre de bière, et cela peut influer sur son comportement au volant. Non, tout va bien, le contact est débloqué. Pierre-Henry sort de sa cour lentement, en surveillant la rue à gauche et à droite. Il ne néglige pas non plus les arbres en face de chez lui. Il sait que parfois, des gendarmes sont planqués dans les branches. Pierre-Henry est l'un des derniers en France à posséder encore quatre points sur son permis. Il est de ce fait une proie privilégiée pour les brigades anti-car, ce nouveau département de police créé en 2011 ayant pour but l'éradication de l'automobile en France. Triés sur le volet, les agents de cette brigade sèment la peur sur les routes. Le logotype de leur insigne - deux mains déchirant un permis de conduire - affiche d'entrée de jeu l'objectif de ces hommes. Pierre-Henry frémit, en pensant à ce fait-divers remontant à la semaine précédente : les hommes de la brigade anti-car avaient envoyé au fossé une voiture contenant une famille entière, incendié un hangar, détruit trois véhicules, dans une course épique pour mettre les menottes aux poignets d'un délinquant, qui avait été flashé à un demi-kilomètre/heure au delà des dix autorisés sur l'autoroute. Le pauvre homme allait pourrir le reste de sa vie en prison.
La sueur coule sur le front de Pierre-Henry. Il arrive maintenant au feu bicolore vert/noir. Surtout, ne pas s'affoler. Le feu est vert. Il restera vert cinq secondes exactement. Ensuite, les mitrailleuses automatiques entreront en action. Ouf ! il est passé ! Pierre-Henry enclenche son régulateur de vitesse, pour être sûr de ne pas dépasser les trois kilomètres/heure réglementaires sur cette portion de route. Mais il n'est pas en sécurité pour autant : La vitesse autorisée change de façon aléatoire plusieurs fois par semaine dans ce quartier. Elle peut monter à quatre kilomètres/heures, puis, deux jours après, tomber à deux. Il a roulé déjà sur deux-cents mètres. Son auto-taxe commence à crépiter. Pierre-Henry se joint sur le côté de la route, pour mettre cinq euros dans l'appareil le plus proche. Il ne risque pas d'oublier : Tous les arbres ont été arrachés, remplacés par ces appareils.
Enfin, il arrive vers le péage de l'autoroute. Il est passé à la banque le matin pour faire un prêt, pour payer le péage. Deux-cents kilomètres d'autoroute ! Tous ses amis le suppliaient de renoncer. Mais Pierre-Henry et parti quand même, il a besoin de ce travail. Tout est calme, aux alentours du péage. le garde de la cabine en uniforme noir prend le laissez-passer que lui tend Pierre-Henry en tremblant. Le garde vérifie longuement le laissez-passer, pose quelques questions sur l'itinéraire, les raisons de ce voyage. Pierre-Henry répond calmement. Enfin, le garde appose son tampon sur le laissez-passer. Visiblement, il est chagriné par le fait que l'historique du papier mentionne une infraction de Pierre-Henry, remontant à trois ans. Un dépassement de vitesse dans un chemin de terre, en vacances. Pierre-Henry avait échappé de peu à la prison. Seul, l'intervention d'un ami influent l'avait sauvé.
Quelques hommes de la brigade anti-car sont stationnés plus loin, mais ne font pas attention à lui. Il sait qu'ils sont à la recherche d'un dangereux délinquant de la route, signalé sur les panneaux jalonnant le bitume. Cet homme avait circulé alors que son permis hebdomadaire n'avait pas été contrôlé. Pauvre garçon ! Si il est retrouvé un jour, sa vie sera fichue.
Pierre-Henry essaie de penser à autre chose, de balayer l'angoisse qui l'étreint. Si il arrive à destination, dans cinq ou six jours, s'il a déjoué les pièges de la police de l'autoroute, il pourra se reposer un peu. Il n'a pas le droit d'écouter de musique en voiture, mais il fredonne quand même "Nationale 7" en pensant que, finalement, la vie est belle.
Derniers commentaires