Partager l'article ! Snobisme: Il existe une mode du langage… peut-être la plus ridicule des modes. Un jour, un mot, jusque là simple mot, faisan ...
Un espace pavé de cailloux,
que je suis allé chercher sur place
pour la plupart, mon goût pour
le terrain prévalant sur mon goût
pour la collection...
Pour visualiser la collection, je vous conseille d'utiliser le diaporama...
Quand je ne cours pas la lande ou la galerie à la recherche des cristaux, je sors mes pinceaux, en adepte de la peinture à l'huile. J'expose de temps en temps, et je peins pour les amis.
Il existe une mode du langage… peut-être la plus ridicule des modes. Un jour, un mot, jusque là simple mot, faisant ses huit heures sans se casser la tête et heureux de son sort, est poussé en avant, comme on pousse en avant une Lara Fabian, en disant : "Tu ne sais pas chanter, mais tu crie bien !" Et c'est ainsi que, dans les conversations branchées, on voit s'allumer, timidement au début, pis de plus en plus, puis, énormément, puis, jusqu'à la gabegie et à l'envie du renard, ce mot, qui, modestement, sans rien demander à personne, vivait sa petit vie tranquille. Ce mot, qui, désormais, mettra dans votre conversation ce piment, cet éclat, que dis-je, ce laissez-passer pour le monde des branchés.
Je me souviens d'une causerie, il y a quelques années, à Genève, où j'avais été entraîné contre ma volonté. Une dame, très bien de sa personne, et fort agréable dans son discours, ponctuait son récit de "juste" Au début, je ne comprenais pas trop le raisonnement de cette dame, car, pour moi, le mot "juste" signifie juste, c'est-à-dire pas grand-chose. Ni trop, ni trop peu. Juste, quoi. Nous sortions d'une période qui avait vu l'avènement du "effectivement". Ce effectivement avait fait recette dans toutes les couches de la population (et ce n'est pas encore fini, d'ailleurs !). Ce "effectivement servait à tout. Introduction : Effectivement, je pense que… Fin de phrase : Nous saurons combien d'argent a été détourné effectivement. Mais ce effectivement a beaucoup navigué au milieu des déclarations de tous bords, comme la gousse d'ail que l'on glisse dans un plat pour lui donner du tonus. En fait, il a été mis à toutes les sauces, souvent, pour les pros du effectivement, plusieurs fois dans la même phrase, Il n'y a jamais eu de concours, et c'est bien dommage, car certains orateurs auraient pu gagner de grosses sommes à ce jeu-là. Comme, je vous disais, effectivement, (Ding !) la population a effectivement (Ding !) voté en masse pour Dupond, qui, effectivement (Ding !)… etc, etc.
Bref, le effectivement ne faisant plus recette, il était temps de lui trouver un remplaçant. Et c'est ainsi que le "juste" fait une entrée fracassante, et se retrouve aussi bien dans les discours électoraux que dans la publicité télévisée, en passant par les chroniques journalistiques. En ce qui concerne les primates qui commentent les résultats sportifs en inondant leur micro de postillons, il y a une certaine résistance, mais la mode linguistique franchira bientôt les portes des stades.
Ce qui est amusant, dans l'emploi qui est fait de ce simple mot, "juste", c'est que (justement) ce mot est gris comme un jour de pluie. Ce n'est pas un superlatif, loin de là. Il n'est pas péjoratif non plus. Non, il est banal, terne, sans artifices. Alors quoi ? Les employeurs de "juste" seraient-ils pris de pitié devant ce mot voué à une morne monotonie digne d'un bureau de poste ? Est-ce que le mot "juste" pourrait être bien autre chose, et le fait de l'utiliser transformerait le mot ou l'action qu'il accompagne en un élément nouveau digne d'attention et d'admiration ? Mais oui, nous y sommes ! Ce mot a des vertus cachées ! Et, à l'instar de ces boutons de costume créés par un designer à bobos, (en or pur, mais recouverts d'une couche de chrome), le mot "juste" qui signifiait jusque là… juste, c'est-à-dire, pas grand-chose, ni plus, ni moins, bref, juste, eh bien, ce mot a le pouvoir de transformer vos conversations en perles narratives, en sapins de Noël grammaticaux, en Rolls de la péroraison.
Mais voilà… Dans cette époque où tout va vite, le juste s'essouffle. Ou plutôt, comme il devient trop présent, il ne fait plus son petit effet. Et quand la majorité de moutons l'emploie, c'est qu'il est temps de passer à autre chose. C'est ainsi que depuis quelque temps, le "un petit peu" a fait une entrée discrète, mais les spécialistes sont formels : le "un petit peu a tout pour réussir dans cette société hypocrite et mièvre, gouvernée par des dirigeants corrompus, gardés à droite et à gauche par des médias-prostitués. En effet, pour le blaireau lambda qui débite ses fadaises, le "un petit peu" est la panacée, qui lui permet d'exprimer sa véléité, sans se compromettre. Un petit peu comme si on disait : "Je vais faire cela ! en regardant autour pour voir si personne ne va s'en offusquer et brandir le poing. Cela permet aussi de dire des choses sans être sûr de la vérité, ce qui, le cas échéant, peut permettre un repli stratégique. Bref, le "un petit peu" est vraiment le vocable du blaireau du XXIme siècle. Et j'ajouterai que, effectivement, c'est juste parce que ça le fait un petit peu.
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